Nous avons interviewé Sidney Rostan de Bioxegy

Sidney Rostan est fondateur et CEO du bureau d'ingénierie et d'études spécialiste en biomimétisme, Bioxegy.

Greenly : le réchauffement climatique est-il un sujet de préoccupation pour toi ?

Sidney : Je préfère parler de dérèglement climatique et environnemental, plutôt que d'un simple réchauffement. La réalité, c’est que l’enjeu de soutenabilité de nos modèles, et de notre espèce, est pluriel. Il est complexe et transversal. Certes, il touche aux sujets bien connus de la hausse des températures ou encore du niveau de la mer, mais il en englobe bien d’autres : raréfaction des matériaux, pollution des sols, sécheresses, sécurité alimentaire, effondrement de la biodiversité, etc. Tout est très interdépendant et on ne pourrait résumer l’étendue des enjeux à la simple question des émissions de CO2 ou à la fonte de la banquise, en gros. À mon sens, il est donc capital de sensibiliser correctement les citoyens à cette réalité hétéroclite, et d’informer sur les répercussions, parfois très insoupçonnées, de notre mode de vie sur le reste des écosystèmes et de l’environnement.

On le voit bien en ce moment : la crise du Covid-19 n'est pas vraiment une crise sanitaire, c’est avant tout une crise environnementale. Notre espèce est très invasive et cette pression anthropologique est tellement forte sur les écosystèmes qu'on augmente la chance de transmission d’agents pathogènes à l’homme. Une meilleure gestion des espaces et des habitats s’impose.

Qui doit agir en priorité selon toi ? L’Etat ? Les entreprises ? Les citoyens ?

Pour moi, les seules priorités qui valent sont l'action et l'éducation. En somme, ce serait une erreur de penser qu’il y a une liste à établir avec des acteurs prioritaires plutôt que d’autres. En réalité tout le monde doit agir de concert, en même temps, à des échelles différentes. La question écologique est une question partagée entre la sphère publique, c'est-à-dire l’État ou le législateur, la sphère économique (donc l'entreprise), et la dimension personnelle des citoyens, ce que j’appelle le degré de l’intime. Tout est corrélé. Aucune ne doit être considéré comme une priorité. Et donc pour décliner les deux notions d’action et d’éducation : l'action consiste pour le politique à légiférer, l'entreprise à innover, le citoyen à devenir un consomm’acteur. Pour l'éducation, c'est pareil, l'État nous éduque à travers l'école, les entreprises peuvent éduquer le consommateur, le consommateur éduque ses proches ou ses enfants par la transmission et le partage de la connaissance, d’idées ou d’initiatives.

Comment vois-tu l'après Covid 19 ? Va t'on changer réellement nos habitudes ?

Il serait bien naïf de penser que les défauts de nos systèmes et modes de vie vont s’évaporer du jour au lendemain comme par enchantement. Soyons lucides : les inerties sont tellement fortes, que beaucoup de paramètres reprendront leur cours comme avant- modulo évidemment les dynamiques macro-économiques. Toutefois, restons positifs et engagés, profitons de cette crise, parce qu’elle permettra tout de même de faire évoluer les choses : le Covid-19, ça a été une sorte de rappel à l’ordre brutal. Il a été immédiat, il nous a touchés de très près, il a bouleversé notre quotidien. Pour une fois, les crises environnementales deviennent très palpables et proches pour nos sociétés, partout sur le globe.On a donc une occasion rêvée d’établir un message clair et sans compromis : il faut persévérer et accélérer les mutations écologiques à l’oeuvre. En fait, cette crise donne un argument d’autorité plus important aux acteurs qui étaient déjà sur le pont. Qui n’avaient pas attendu la crise pour agir. Ils ont l’occasion d’être légitimés d’avantage. De trouver plus d’écoute, voire de financements. Restons optimistes et sachons êtres profiter de l’élan donné par cette crise pour trouver plus de débouchés, pour gonfler les épaules et affirmer nos aspirations. D’ailleurs c’est le principe d’une crise : ça rebat les cartes. Mais c’est pas automatique, il faut y travailler.

Cette crise écologique affecte-t-il ton comportement ?

À titre personnel, non. Pareil, je n’avais pas attendu la crise pour agir et changer mes habitudes. Que ce soit en tant que consommateur ou en tant qu’entrepreneur. Je pense avoir été en partie déjà assez lucide sur l'emballement de notre système. Je dirais que la seule chose qui a changé, c’est que j’hésite moins à formuler et assumer certaines de mes visions ou opinions face à un client ou face à des potes. Les gens sont plus à l’écoute avec la crise ! Sur les enjeux écologiques de manière générale, tout surplus d'inquiétude me paraît contre-productif.Alerter c’est bien, agir c’est encore mieux. Une start-up comme Greenly est utile pour changer les habitudes. Bioxegy est utile en ingénierie pour transformer le mode de production des entreprises vers des pratiques plus durables. Le biomimétisme est une des solutions les plus prometteuses aujourd'hui pour changer de cap de manière disruptive.

Quantifies-tu tes efforts ? Y vois-tu un intérêt ?

Je fais des changements et des sacrifices pour devenir un bon consomm’acteur comme on dit.Je ne mange presque plus de viande, seulement lors d'occasions sociales. Ce n'est pas si complexe que cela. il y a des fausses idées, : des solutions pseudos-green, souvent très insuffisantes, comme prendre des véhicules ou des trottinettes électriques. Greenly aide là-dessus pour changer vers des habitudes plus durables.

Je n'utilise que rarement les transports individuels. J'utilise simplement les transports en commun, plus accessible en ville, et le train au lieu de l'avion quand je peux.L'aéronautique s'est transformée en consommation de masse, symptomatique d'un mode de vie ayant un impact carbone lourd.

Je fais attention à mon impact numérique ; un sacrifice encore plus dur que d'arrêter la viande. Il faut changer ses habitudes sur les réseaux sociaux, ne pas trop utiliser le streaming et revenir à des loisirs plus simples comme ouvrir un bouquin. J'ai renoncé aussi à certains conforts, comme prendre les escaliers à la place de l'ascenseur. C'est du bon sens et ça permet de faire du sport et économiser de l'énergie. Il faut communiquer sur des choses simples. J'essaye de détecter des domaines où on peut économiser facilement des ressources.

Recommanderais-tu Greenly ?

Oui, je pense que c'est l'application parfaite pour tous ceux qui souhaitent changer leurs habitudes et qui ont besoin d'aide pour y arriver. Cela se combine avec d'autres applications comme Yuka par exemple.

Pour mesurer et réduire ton empreinte carbone tout en finançant la transition écologique, tu peux télécharger l’application Greenly sur iPhone ou Android.